Ontologie samie de la variabilité et du changement climatique

Ontologie samie de la variabilité et du changement climatique

Marie ROUE & Samuel ROTURIER

Marie Roué, CNRS/MNHN et Samuel Roturier, AgroParistech/ESE

La richesse du vocabulaire des peuples du nord sur la neige et la glace a souvent été signalée dans la littérature linguistique, mais jamais analysée du point de vue de la physique, de la chimie, de l’écologie hivernale qu’elle dévoile, une science des écosystèmes arctiques réellement autochtone. C’est ce que nous proposons de faire ici, pour rendre compte de la vision du monde samie et de leurs savoirs essentiels à l’adaptation au changement climatique.

Les éleveurs de rennes Samis du nord de la Suède et de la Norvège sont choqués qu’on parle du changement climatique sans prendre en compte tous les autres changements auxquels ils sont confrontés quotidiennement et qui contraignent fortement leur capacité d’adaptation. En effet ils font face sur leur territoire aux impacts cumulatifs de projets de développement imposés, ou qui font l’objet d’une concertation purement formelle. Le développement urbain ou touristique, réseau routier et ferroviaire, foresterie industrielle, barrages, mines, pétrole, gaz, et règlementations étatiques sur leur mode d’organisation du territoire sont les premiers freins qu’ils identifient quant à leur adaptation au changement climatique.

En effet, les Samis sont et se considèrent comme des spécialistes de la variabilité climatique, une caractéristique essentielle de leur milieu hivernal, et n’ont aucune crainte quant à leurs propres capacités d’adaptation. Les évènements extrêmes sont beaucoup plus fréquents ces dernières années, et le seront de plus en plus, mais ils les connaissent depuis des siècles.  Ce qui les inquiète avant tout, c’est le développement global qui s’intensifie sur leurs terres et quii considère le changement climatique comme une nouvelle opportunité, et une gouvernance qui leur laisse de moins en moins d’autonomie.  

La recherche scientifique ne peut donc pas considérer ces phénomènes en isolation, mais doit plutôt refléter la vision holistique samie des impacts cumulatifs du changement global pour appréhender le changement climatique.

En combinant savoirs locaux samis et savoirs scientifiques nous avons initié ensemble un observatoire sur la base de la coproduction des savoirs. Notre méthode est de toujours partir du savoir local sur les écosystèmes, de leur évolution et des stratégies des éleveurs. En partant de leur identification des phénomènes extrêmes, nous utilisons dans un deuxième temps une analyse interdisciplinaire en ethnoécologie, ingénierie écologique et télédétection à l’appui de ces savoirs locaux.

Bio

Marie Roué, Directrice de recherche émérite au CNRS/MNHN, est anthropologue. Elle a dirigé au Muséum National d’Histoire Naturelle l’UMR APSONAT, Appropriation et Socialisation de la Nature et publié plus de 100 articles et plusieurs livres sur les peuples arctiques et subarctiques, en particulier les Samis éleveurs de rennes du Nord de la Fennoscandie. Spécialiste des savoirs locaux et autochtones, des relations biodiversité/diversité culturelle, elle a travaillé avec les Inuit et les Indiens Cris de la Baie James (Québec arctique) sur les conséquences des grands barrages.  Son projet actuel avec les Samis porte sur les changements climatiques, et la coproduction des savoirs, entre savoirs autochtones et sciences (ANR BRISK). Elle est membre du MEP (groupe d’experts interdisciplinaires)  et du groupe d’experts sur les Savoirs locaux de l’IPBES (plateforme intergouvernementale sur la Biodiversité et les services écosystémiques).

Social media

#resilence2015 #indigenous2015 
 

Stay Connected on:

Contacts

Have questions? Read our FAQ here. If you still have queries, contact us at: