L’autochtonie comme facteur de résilience « socio-climatique » : une illustration par le cas des Berbères du haut-Atlas marocain.

L’autochtonie comme facteur de résilience « socio-climatique » : une illustration par le cas des Berbères du haut-Atlas marocain.

Adil ROUMANE

Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

Si la variabilité spatiale des surfaces boisées affecte le cycle global du carbone, les populations autochtones peuvent jouer un rôle déterminant face aux changements climatiques par leur contribution à la lutte contre la déforestation. Entre 2001 et 2014, 3 gigatonnes supplémentaires de CO² sont concentrés chaque année dans l’atmosphère à cause de la déforestation.    Dans plusieurs pays en développement, le passage d’une gestion coutumière basée sur les savoirs traditionnels à une gestion étatique s’est traduit par une forte régression des surfaces boisées. Bien confirmée, cette dégradation explique l’échec de la gestion administratisée et le coût d’opportunité qu’implique l’exclusion des populations autochtones. Avec la domanialité, les organisations coutumières ont perdu leurs fonctions en faveur des  administrations sous équipées et quasi-absente sur le terrain. Les pratiques autochtones ont bien reculé face à un code forestier mal adapté, souvent inappliqué. Afin d’illustrer le rôle de l’autochtonie dans l’accroissement du « carbone forestiers », nous avons mené une étude empirique chez les Berbères du Haut-Atlas marocain. Si cette communauté a réussi -tout au long de l’histoire- à maintenir un équilibre écosystémique harmonieux entre ses savoirs naturalistes et les particularités biogéographiques de ses forêts, c’est grâce à une assemblée villageoise nommée la Jemaâ. Forte de sa proximité et sa parfaite connaissance des spécificités locales, elle jouait un rôle incontournable dans la définition des ayants droits, la surveillance et le contrôle des volumes extraits. Elle s’appuyait sur un arsenal réglementaire extrait dans sa majeure partie de la coutume, qui se transmit d’une génération à l’autre oralement ou par la pratique. Il revêt parfois la forme d’un code écrit et sauvegardé dans des greniers collectifs nommés Agadir. Parmi ces pratiques on peut citer l’Agdal. Il correspond à une fermeture saisonnière décrétée par la Jemaâ afin d’assurer le repos des plantes et leur reconstitution durant les périodes les plus sensibles de redémarrage de la végétation. Les dates de fermeture et de réouverture sont définies par la Jemaâ qui confie l’Agdal à des gardiens chargés de sa surveillance. Les zones où ces pratiques ont reculé représentent les taux les plus élevés de dégradation forestière, d’érosion des sols et d’exode rural au Maroc.

 

Bio

Adil Roumane est géographe spécialisé dans les changements climatiques. Il est également Docteur d’Etat spécialisé en économie des ressources naturelles, de l’environnement et du développement durable. Il travail sur l’importance des savoirs autochtones et des pratiques coutumières en matière de conservation des équilibres écosystémiques. Il été enseignant de biogéographie, de climatologie et d’environnement à l’université de Versailles.

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